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La Legion of Los Angeles rend le cyclisme encore plus cool


Temps de lecture : 5 minutes

Justin Williams et sa Legion de Los Angeles tracent leur propre route au sein d’un sport ancré dans la tradition. Portrait.

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Just waiting 📸 @_nickwilsonphoto

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South central Los Angeles vu du ciel

Dans le quartier de South Central, à Los Angeles un enfant de 13 ans essaye d’attirer l’attention de son père. Ne recevant aucun écho, Justin Williams se rend dans le garage et tombe nez à nez avec un vélo monté sur rouleaux. Il faut dire que son père, immigré Bélizien, a gagné des courses en Californie. Justin y voit une occasion de se tester et qui sait ? Peut-être a-t-il les mêmes qualités qui ont fait de son père un champion ? Il monte sur la machine et semble piquer la curiosité de ce dernier.

2 mois plus tard, alors que le bruit incessant des rouleaux ne s’interrompt qu’en de rares occasions, son père entre dans le garage. Cette fois c’est d’accord, ils iront rouler ensemble sur la Pacific Coast Highway pour une sortie de 70 miles. A 20 miles de la maison, Justin décroche finalement la roue de son père.

Il se range sur le côté et craque. Il a des crampes et il est épuisé. Son père tente un massage des quadriceps et devient furieux.

-Bon sang je t’ai dit 20 fois de ne pas mettre de boxer sous ton cycliste !!

La Pacific Coast Highway ou l'on peut croiser la legion of Los Angeles à l'entrainement
En Californie du Sud, la Pacific Coast Highway suit l’ancienne route 101 et offre de magnifiques vues une fois sorti de Los Angeles.

Il laisse son fils au bord de la route et rentre seul . C’est la tante de Justin qui le ramènera finalement à la maison. Le garçon vient d’apprendre sa première leçon : le vélo n’est vraiment pas un sport facile.

Un rêve d’étoiles et de rayures

Pas découragé, Justin persévère. En suivant les conseils de Rahsaan Bahati (un ami de la famille) et en travaillant dur il obtient rapidement de bons résultats. Cela ne semble pas suffisant aux yeux d’USA Cycling qui ne l’appelle pas. Mais l’unique objectif de Justin est d’intégrer l’équipe nationale. Il décide alors de forcer son destin et remporte le championnat national de keirin junior en 2006.

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Me! 📸@jpovphoto

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Enfin appelé, Justin Williams rejoins les rangs amateurs de Rock Racing (ou se trouve également Bahati) pendant 2 ans puis débute sa carrière pro sous les couleurs des U-23 de la Trek en 2010. Il y côtoie notamment Alex Dowsett, Ben King ou encore Taylor Phinney. Mais dans un peloton en immense majorité blanc il se sent mis à l’écart. Au sein de la Trek il participe à des courses en Europe et il aide Phinney à remporter Paris – Roubaix espoirs. Sur le vieux continent la tradition est encore plus ancrée dans le cyclisme et le manque de diversité est total. Après la course il rentre se reposer auprès de sa famille et de sa petite amie, mais à peine une semaine a passé lorsqu’on l’appelle pour le faire revenir en Europe. Justin souhaite réfléchir, loin de chez lui il se sent seul. Il ne recevra plus aucun appel.

La désillusion du monde pro

Une période de creux débute alors. Justin est précédé d’une réputation de coureur compliqué à gérer, presque arrogant, des traits de caractères pourtant indispensables aux sprinters. Difficile toutefois de croire qu’aucun directeur sportif aux États-Unis n’aurait su driver le coureur âgé de 20 ans.

Bloqué par le milieu professionnel, Justin Williams reprend ses études et court au sein d’équipes mineures sans obtenir de résultats. En 2016 il crée l’équipe Endo CNCPT (prononcer « concept ») pour encadrer des jeunes coureurs n’ayant pas accès au coaching ou à du matériel. Pour obtenir plus de visibilité et attirer un public étranger à son sport, Justin associe la culture urbaine aux maillots de l’équipe. Des photos des coureurs portant les kits originaux inondent alors les réseaux.

Lorsque que Cory, son petit frère, passe professionnel avec Cylance (Incycle-Canondale en 2015) il persuade ses dirigeants d’embaucher Justin.

Déçu par le milieu pro, Justin hésite. Il rejoint finalement les rangs de l’équipe mais le but d’aider son frère et de lui éviter certaines des difficultés auxquelles il a dû faire face. Contre toute attente, il remporte 16 courses cette année et règne sans partage sur les criteriums nationaux.

C’est donc confiant et serein qu’il aborde l’année 2017 quand il apprend que Cylance n’honorera pas sa promesse de garder Cory à ses côtés. C’est une nouvelle trahison de la part d’un milieu qu’il ne souhaite plus côtoyer. Il envisage alors de tout laisser tomber mais il lui reste une année de contrat. Il choisit donc d’utiliser cette rage pour gagner. Pas pour son équipe ou ses sponsors, simplement pour lui et pour son frère. Il décroche 14 victoires sans plaisir.

Etre le changement que l’on veut voir dans ce monde

Libéré de toute obligation au début de l’année 2018. Justin décide de prendre les choses en main. Il signe un contrat avec Specialized qui lui permet de courir les Red Hook Crits et qui l’autorise à participer aux championnats nationaux amateurs sur route mais sans équipiers. Justin découvre alors qu’une autre philosophie est possible. Il se sent immédiatement intégré au sein d’une équipe dans laquelle tout le monde travaille pour tout le monde et ou son niveau n’est jamais remis en question. Il prend conscience que le changement qu’il attend depuis si longtemps doit peut être venir de lui.

Drapeau USA

A Hagerstown, il devient champion National amateur sur route et champion National amateur du critérium 2 jours plus tard, au sprint et sans équipiers. Il se pare enfin des étoiles dont il rêvait 12 ans plus tôt (il gardera le maillot l’année suivante en conservant son titre critérium).

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How far we’ve come @wrdevo

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Justin souhaite désormais aider et décloisonner son sport. En 2019 il monte une équipe de coureurs d’expériences et de jeunes talent de différents horizons qui marchent comme un seul homme : la L39ION of Los Angeles (prononcer legion of Los Angeles).

« Le nombre 39 est particulier pour nous, il représente la 39 ème rue, dans laquelle nous avons grandi »

De très grandes marques du milieu comme Specialized, Shimano ou Rapha rejoignent le projet.

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Something fresh! 🦁

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La Légion dynamite à la fois les courses auxquelles elle participe et les codes du cyclisme. Des milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux embarquent avec Cory en caméra embarqué et partagent la positivité de la Legion of Los Angeles. 

Justin est à la fois manager de l’équipe et leader sur les sprints, ce qui représente une charge de travail considérable. Gérer un effectif, planifier des entraînements et répondre à des interviews laisse peu de temps pour s’entraîner mais Justin Williams souhaite bâtir quelque chose de plus grand que sa carrière cycliste. 

« J’adore toujours gagner, mais il me reste encore plus à vivre. »

A défaut de pouvoir suivre sa roue, vous pouvez suivre Justin Williams ici et participer à la collecte de fond visant à accroître la diversité et l’inclusion dans le sport.


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